Journal d’un vampire en pyjama

Mathias Malzieu, 2016

Je retourne sur un sentier difficile, toute la complexité de te présenter un livre dont tout le monde parle. Mais j’essaie quand même, parce que je ne peux pas faire autrement. Ce roman est un petit bijou et j’ai trop de choses à en dire pour craindre d’être redondante !

Journal d’un vampire en pyjama, c’est le journal de Mathias Malzieu, du groupe Dionysos, pendant sa lutte contre une maladie du sang rare, l’aplasie médullaire, ses séjours d’isolement en chambre stérile et sa greffe de moelle osseuse.

Je t’ai déjà parlé de Mathias Malzieu dans ma chronique de La Mécanique du Cœur, c’est pour moi un artiste accompli qui brille autant dans l’écriture de ses romans que de ses chansons. Il a un univers très fort, qu’on reconnaît immédiatement, et une poésie des mots qui donne de la magie à ses textes. J’ai acheté ce livre en sachant qu’il était autobiographique, ce qui ne me surprenait pas puisque Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi fait déjà référence au deuil de sa mère, par exemple. Mais je m’attendais à ce qu’il transforme la réalité comme il le fait si bien, qu’il parte de cette base pour créer un conte fantastique et onirique, emprunt de cette délicatesse dont il a le secret.

Eh bien non. Cette fois-ci, c’est bien Mathias qu’on découvre dans ces pages, le vrai, sans fioritures. J’ai immédiatement été surprise d’y voir des dates, des références à des émissions de télé qu’on peut revoir aujourd’hui, la sortie du film de Jack et la Mécanique du Coeur. Pour qui suit un peu l’actualité de Dionysos, on s’y retrouve directement. Alors j’ai fait les calculs : le journal commence en fin d’année 2013, il explique qu’il ressent une extrême fatigue depuis déjà des mois. Quant à moi, je l’ai vu sur scène, en 2012. Une petite année avant la déclaration de sa maladie. Et ça m’a tout de suite aidée à me plonger dans l’histoire : parce que l’artiste qui vit à 200 à l’heure, qui se surmène, qui s’extasie, qui s’enthousiasme, qui s’épuise, je l’ai vu cette année-là, sur la scène des Eurockéennes.

Le souvenir est vif et pour cause, c’était mon premier concert du festival, et mon premier gros festival tout court. On est arrivés au beau milieu du show, Mathias était en sueur sur la grande scène, la foule en délire, et d’un coup, pendant un passage instrumental de « Wet », il plonge dans le public. Il se fait porter évidemment, tout le monde se masse autour de lui, et il commence à empoigner les mains de cette nuée d’inconnus pour se hisser en avant, direction la tour de la régie. Une fois arrivé, la chemise ouverte, il prend le temps de hurler deux-trois mots au mégaphone avant de replonger pour le retour, pendant que les musiciens meublent en se demandant s’il va revenir entier. Parce que le retour dure plusieurs minutes, le public ne veut pas le ramener vers la scène, et il y a un sacré chemin à parcourir. Mais il finit par retrouver les barrières, un régisseur le soulève comme un bébé et le ramène en coulisses, trempé jusqu’aux os. Le temps de reprendre ses esprits et il est de retour, pour sauter dans tous les sens et finir sa chanson couché sur scène. C’était absurde, c’était fou.

(Si tu veux voir ça de tes propres yeux, j’ai mis la main sur le live du concert : le premier plongeon se fait à 1:00:45, et le tout dure une bonne dizaine de minutes.)

Bref, l’image que j’avais de Mathias, c’était celle-là, marquée au fer rouge. Comment ne pas partager sa souffrance alors, pendant qu’il raconte sa maladie, l’usure de son corps, la fatigue qui le prend rien qu’en s’habillant, l’isolement, les privations. Mais attention, lui-même n’en fait pas un livre douloureux, tourné pour qu’on le plaigne et qu’on pleure avec lui. Au contraire, comme il le dit si bien dans une interview :

« En fait le livre, il parle de tout ce qu’on met en place autour. C’est un livre de résistance, de combat, et de toutes les bonnes surprises qu’on a aussi. C’est de ça que je voulais parler. Mais bien sûr, pour parler de ça, il faut quand même avoir l’enjeu, qui était un enjeu où j’avais mon diagnostic vital engagé. »

Avec toujours sa magie des mots, entre les adorables nymphirmières, la terrifiante Dame Oclès et cette image du vampire qui a besoin du sang des autres pour vivre, Mathias t’embarque dans la réalité, pour une fois, une réalité qui « dépasse la science-fiction ». Il fait de nombreuses références à ses anciens projets (Western sous la neige, le personnage de Tom Cloudman qui vit des événements étrangement ressemblants alors qu’il a été écrit trois ans plus tôt, « Song for Jedi », Eggman Records, etc.), ce qui ne parasitera pas ta lecture si tu ne connais pas le sujet mais fera plaisir aux fans de la première heure.

Si je ne devais lui donner qu’un seul adjectif, je dirais que ce livre est juste. Ni trop larmoyant, ni trop décalé, ni trop long, ni trop court, on vit tout avec lui, on se laisse emporter et même en connaissant le dénouement on partage ses peurs et ses moments d’espoir, sa solitude et les petits bonheurs qu’il dissémine en route. Je vais conclure là-dessus, en te laissant avec une musique de l’album éponyme qu’il a sorti en parallèle du livre, « Vampire en pyjama », parce que les paroles résument parfaitement l’histoire et que la mélodie est aussi douce que sa plume.

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28 commentaires sur “Journal d’un vampire en pyjama

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  1. J’ai adoré cette autobiographie, alors que je ne connaissais pas du tout l’auteur, ni par sa musique, ni par ses films, ni par ses livres. Que de nom. Et effectivement, cela ne l’empêche pas du tout d’être juste, touchant et d’aller droit au Coeur.

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  2. Ta critique est touchante, notamment quand tu parles de ton souvenir de concert. J’ai beaucoup aimé cette autobiographie, j’avais un peu peur car j’ai un peu de mal avec les histoires de maladie et d’hôpital, mais j’ai trouvé ses mots très justes. On ressent toute l’énergie et la poésie du personnage qu’est Mathias Malzieu.

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    1. Entièrement d’accord avec toi ! J’y suis allée sans crainte parce que je me doutais qu’il ferait quelque chose de doux, mais je m’attendais à un conte… Même sur un registre réaliste il garde sa patte poétique ! 🙂 Ravie que ma critique t’ait plu 🙂

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  3. J’aime beaucoup ta critique. Ceci dit je ne suis pas complètement solidaire de ton avis. J’ai aimé le livre, mais les envolées lyriques et fanstasques de Malzieu rend le propos et le sujet si grave et dont on a besoin d’entendre parler, trop léger. Quand il voit la mort, on ressent son angoisse et là ça devient poignant parce qu’on le voit moins se cacher derrière son imaginaire dévorant. De la même façon, quand il parle de son amoureuse, on ressent tout ce qu’elle porte avec ses toutes petites épaules. Je préfère quand il parle vraiment de lui et c’est ce qui rend le livre si touchant.

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    1. Je peux comprendre 🙂 J’étais assez reconnaissante qu’il n’aille pas trop dans le ton grave, on sentait quand même ses angoisses et son combat en toile de fond et ça m’a suffi, mais tout dépend les attentes qu’on a avant de démarrer la lecture je pense ! Quant à Rosy, elle a l’air d’avoir un courage fou, il lui rend un bel hommage je trouve 🙂

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  4. Je ne connais pas bien cet auteur… ni ses chansons d ailleurs mais je pense que pour l approcher je commencerai par la mécanique du cœur qui a l air d être une histoire très touchante!

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    1. Oui je te conseille aussi ! Celui-ci sort un peu du cadre habituel, pour faire connaissance avec sa plume je pense que c’est mieux de commencer par un livre plus représentatif 🙂 La Mécanique du Coeur est une très belle histoire, tu me diras des nouvelles !

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  5. 😍 C’est une très jolie chronique !! Tu me donnes terriblement envie de le lire !!!!
    Je n’ai jamais lu ses autres livres mais j’ai vu La mécanique du cœur que j’avais trouvé fantastiquement bien réalisé, très bien structuré en termes de schéma narratif (au point que je m’en sers pendant mes coachings d’improvisation théâtrale pour expliquer aux jouteurs le concept du schéma narratif de base) et juste… ben magnifique quoi.

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    1. Ohhh merci beaucoup ! 🙂 Le film de la mécanique du coeur est très fidèle au livre d’après mes souvenirs, donc ça pourrait te plaire aussi, et la plume poétique de Malzieu ne gâche rien 😉 Il a un sacré univers 🙂

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  6. Même si effectivement on a beaucoup entendu parlé de ce livre je trouve que pour quelqu’un comme moi qui n’a toujours pas passé le cap de le lire tu en parles merveilleusement bien et donne très envie. C’est très émouvant de voir le lien que tu as créé avec ce moment de lecture.

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    1. Désolée pour le délai de réponse, je viens de repêcher tes commentaires dans les indésirables, va savoir pourquoi !
      Je comprends, c’est très différent de ce qu’il fait d’habitude ! 🙂 Je pense que j’ai été très touchée de pouvoir situer cette histoire dans le temps et d’y associer mes propres souvenirs, du fait que je l’ai vu en concert peu de temps avant 🙂

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