Tout ce qu’on ne s’est jamais dit

Celeste Ng, 2014

Tout ce qu'on ne s'est jamais dit par Ng

J’avais un oeil sur ce livre depuis un certain temps déjà, puisqu’il est sorti chez Sonatine (et que mon amour pour cette maison d’édition n’est plus un secret depuis longtemps) mais je ne savais pas du tout de quoi il parlait. J’ai lu quelques chroniques qui m’ont donné envie, comme celle d’Ambroisie, et j’ai finalement craqué quand je suis tombée par hasard sur la version poche. Je te le dis d’emblée, c’est une très jolie surprise !

On l’apprend immédiatement : Lydia, l’aînée de la famille Lee, est morte. Ce qu’on ne sait pas et qu’on découvrira petit à petit, c’est pourquoi. A travers les pensées et les souvenirs des autres personnages, les parents et les deux frères et soeurs, l’histoire se révèle et les sujets sensibles se dévoilent l’un après l’autre. On se retrouve alors dans un drame psychologique qui aborde des thèmes variés et peu communs comme le racisme anti-chinois dans les Etats-Unis des années 70 ou la pression parentale qui encourage les enfants soit à suivre la voie des parents, soit à accomplir ce qu’eux n’ont pas pu faire.

C’est le premier roman de Celeste Ng (qui se prononce Ing, si tu te posais la question comme moi), elle-même américaine mais aux racines chinoises. Ce n’est pas pour rien que ce livre est convaincant et réaliste, puisqu’il s’imprègne évidemment de son vécu (sans pour autant être autobiographique). Personnellement, je ne m’étais jamais vraiment penchée sur la question de l’accueil réservé aux chinois aux USA, et le mot racisme s’associait immanquablement aux populations afro-américaines dans mon esprit. J’ai donc tout de suite été intéressée par ce nouveau regard et par le combat du père qui est né aux States mais qui lutte pour s’intégrer, en étudiant les cowboys et en faisant tout pour entrer dans le moule alors que tout le monde s’arrête à ses yeux bridés et le prend pour un immigré. Dans une interview du Guardian, elle parle de sa propre expérience et des attentes du public, qui pense souvent qu’un auteur qui n’est pas blanc va écrire sur sa propre origine, alors qu’on n’a pas ce genre d’idée pour un auteur blanc :

« Il y a ce sentiment que le blanc est la couleur par défaut et que ça n’a pas besoin d’être remis en question. Que tu as une race si tu es noir, ou asiatique, ou amérindien, mais que tu n’as pas de race si tu es blanc. Quand j’ai commencé à écrire, j’ai été longtemps hésitante à l’idée d’écrire des personnages asiatiques. »

Mais dans cette histoire, chacun des personnages vit son propre combat, et tous sont merveilleusement écrits, puisqu’on a envie de les blâmer sans pouvoir les détester, qu’on aimerait les secouer tout en comprenant leurs choix et leur logique. Une autre interview de Celeste met en évidence les conflits parallèles de Lydia et de sa mère Marilyn, qui a dû s’émanciper de l’avenir que sa propre mère voyait pour elle et qui à son tour pousse Lydia à être une femme indépendante et à devenir la grande scientifique qu’elle n’a pas été :

« Je réfléchis beaucoup aux attentes que l’on a pour nos enfants, qui sont des attentes à la fois conscientes et inconscientes. Si on se trouve bien dans sa propre situation, on a tendance à vouloir que nos enfants suivent le même chemin que nous, et si la situation ne nous convient pas, on considère les enfants comme une seconde chance, l’occasion de corriger nos erreurs et de suivre le chemin que l’on n’a pas pu emprunter. Bien que la mère de Marilyn pousse sa fille vers la sphère familiale, et que Marilyn essaie en retour d’éloigner sa fille de cette même sphère, l’ironie est qu’au final, elles ont le même objectif : elles veulent que leur fille mène la vie qu’elles n’ont pas pu mener. Ce genre d’existence par procuration peut être très dangereux, et il est pourtant légion. »

Ce n’est donc pas un thriller, et pas non plus un roman policier. Je préfère le préciser, car tu risques d’être déçu si tu espères un récit haletant et plein de rebondissements. Mais en tant que drame psychologique, par sa plume simple et incisive et ses réflexions sur le comportement humain, je suis convaincue qu’il a tout pour plaire. Personnellement, Celeste m’a embarquée dans son histoire et j’attends avec impatience son prochain roman !

Je te laisse avec Patrick Watson et une musique toute douce et poétique. J’ai longuement hésité à te mettre « Lighthouse » ou « Adventures in your own back yard » (deux titres que je te conseille, au passage), mais finalement c’est « The Great Escape » qui l’emporte, pour les paroles qui font écho au roman et qu’on aurait aimé pouvoir dire à Lydia.

Hey child, things are looking down.
That’s okay, you don’t need to win anyways.
Don’t be afraid, just eat up all the gray
and it will fade all away.
Don’t let yourself fall down.

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31 commentaires sur “Tout ce qu’on ne s’est jamais dit

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  1. Mais la chanson pour ce livre est parfaite ! Tu trouves toujours l’harmonie entre chanson et livre. Et puis tu m’éclaires en donnant des passages des interviews, je sais que j’avais adoré le livre, que comme toi c’était une jolie surprise et je suis ravie de voir que pour toi aussi !

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    1. Ohh ça me fait super plaisir ! Merci beaucoup, je me creuse toujours pas mal la tête pour ces musiques alors si ça fonctionne bien c’est parfait 🙂 Oui j’ai beaucoup aimé cette lecture et les questions qu’elle soulève !

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  2. Oh il m’intéresse celui ci ! Pas pour tout de suite mais c’est chouette qu’il soit dispo en poche.

    Sur le racisme anti asiatique aux US, tu as aussi tout ce qu’a subit la communauté japonaise pendant la guerre. Si tu ne l’as pas lu, « Quand l’empereur était une dieu » se lit très bien et prend aux tripes 😦

    Aimé par 1 personne

    1. Oui, même si j’adore l’objet-livre de chez Sonatine, faut avouer que la différence de prix n’est pas inintéressante 😉
      Oh, non je ne l’ai pas lu ! Mais maintenant que je suis lancée, ça m’intéresse beaucoup 😀

      Aimé par 1 personne

  3. Je n’ai encore jamais lu de romans se passant dans ce contexte particulier et ça me tenterais bien d’essayer. Je le note dans la wish. J’suis en train de me demander, Celeste Ng, elle écrit des polars nan ? Je crois que j’ai noté des romans d’elle…

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    1. Moi non plus, c’était une première ! J’espère que ça te plaira dans ce cas 😀 Nope, si je dis pas de bêtises c’est son premier roman et le suivant n’est pas encore sorti 🙂 Mais il me semble qu’elle a fait des nouvelles, avant !

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