Une autre vie

S.J. Watson, 2015

Que dire, que dire… S.J. Watson, tu le connais déjà peut-être pour son excellent Avant d’aller dormir, thriller que j’ai lu il y a quelques années et qui m’a absolument retourné le cerveau. Mais voilà, c’est dangereux de faire un livre qui soit si bien accueilli par le public, parce que derrière, les attentes pour le prochain vont être folles. Dans ce genre de cas, j’ai presque l’impression que le livre suivant est encore plus déterminant que le premier succès, parce qu’il peut changer complètement le regard qu’on porte sur l’auteur. Et malheureusement, dans le cas de S.J. Watson, l’admiration que j’avais pour son travail est un peu retombée avec ce second thriller bien plus conventionnel et plutôt maladroit.

Mais reprenons au début. Une autre vie, c’est l’histoire de Julia, une ancienne droguée et alcoolique qui désormais vit une vie bien rangée à Londres avec son mari et son enfant, jusqu’au jour où sa sœur est assassinée dans la rue à Paris. Meurtre prémédité ou mauvais endroit au mauvais moment ? Pour parvenir à faire son deuil, Julia décide de mener l’enquête, et s’inscrit sur le site de rencontre que sa sœur fréquentait régulièrement, dans l’espoir d’y démasquer un tueur potentiel.

Honnêtement, ça partait plutôt bien. On s’imagine déjà un peu le passé obscur de Julia, on se doute que ça va aborder les dangers d’internet, on se réjouit de découvrir la part d’ombre de la sœur qui est jusqu’ici bien mystérieuse…

Mais voilà. Cette première phase mystèèèère mystèèèère est très vite oubliée, puisque Julia rencontre immédiatement un jeune homme via le site de rencontre, et sur un prétexte bidon elle décide qu’il pourrait avoir un lien avec sa sœur et commence à parler régulièrement avec lui. Bon, là déjà je me demandais un peu pourquoi elle concentrait TOUS ses efforts sur lui au lieu de continuer à chercher d’autres profils, mais soit, on peut fermer les yeux. Sauf qu’après une cinquantaine de pages, on se retrouve sans crier gare dans une romance à base d’adultère et de fausse culpabilité, et pendant deux bons tiers du livre on n’entend absolument plus parler de l’enquête. La sœur de qui, déjà ?

Et puis soudain, le livre reprend ses esprits, mais oh mince ! Il ne reste que dix pages. Pas de souci, il suffit de faire révélation sur révélation pour boucler l’enquête à temps, parce qu’il paraît que c’était un thriller alors on est quand même obligés de faire une conclusion, mais vu qu’on n’a pas pensé à préparer le terrain forcément c’est un peu brouillon et ça tombe pas mal de nulle part (sauf que même comme ça, j’ai réussi à deviner quelques éléments de réponse, ce qui m’a d’autant plus contrariée. D’ailleurs appel général aux auteurs de thrillers : arrêtez d’avoir que cinq personnages dans vos histoires si vous voulez installer du suspense, voyons ! C’est pas du tout stratégique…). Bref, tu l’as compris, le rythme ne m’a pas convaincue du tout.

Reste les fameux deux tiers du milieu justement, qui décident de parler de relation toxique. Je sais que les plus féministes d’entre nous sont assez remontées contre Julia, qui passe pour la faible femme en émoi devant le beau jeune homme malgré tous les dangers qu’il représente. Ça ne m’a pas dérangée tant que ça vu le passé psychologique de mademoiselle, j’y vois juste un énième comportement d’auto-destruction après la drogue et l’alcool, ça me semblait plutôt cohérent avec le personnage et je n’ai pas eu l’impression que Watson essayait de mettre toutes les femmes dans ce panier-là heureusement (par contre elle fait tout le temps des choix nuls, mais là c’est pas mon côté féministe qui s’énerve, c’est plutôt mon bon sens). Après, des livres sur les relations toxiques j’en ai lus plusieurs, j’ai d’ailleurs assez vite pensé à A moi pour toujours de Laura Kasischke ou A toi pour l’éternité de Daniel Glattauer (je suis obligée de croire qu’ils se sont consultés pour les titres, même si c’est fort peu probable), et je n’avais pas forcément signé pour ça puisque je m’attendais à lire un polar, du coup cette partie-là n’est pas trop mal gérée mais pas très originale et surtout hors-sujet, ce qui est  quand même ennuyeux.

Bref, ce livre n’avait pas de grande idée de génie. Et il semblerait que, sans l’idée de génie, S.J. Watson devienne un écrivain assez conventionnel. Et ça me fait un peu de la peine, déjà parce que Fiona McIntosh m’avait fait le coup dernièrement en passant du Dernier Souffle à Percheron, et puis parce que j’avais vraiment envie d’aimer ce livre et j’aurais adoré qu’il nous ponde quelque chose de la même trempe que son premier thriller. Mais je vais essayer de ne pas trop lui en tenir rigueur, et je lui laisse encore une chance pour le prochain. Parce que ça peut arriver de se planter, et que quoiqu’il arrive il restera l’auteur d’Avant d’aller dormir, chose dont tout le monde ne peut pas se vanter.

J’étais pas très inspirée pour la musique, mais j’ai décidé de finir sur quelque chose de vraiment bien pour ne pas pourrir l’ambiance trop longtemps. Alors je sors un de mes groupes jokers, qui passe en toute occasion et que j’affectionne très fortement, à savoir Pink Floyd, et j’ai choisi Comfortably Numb parce qu’elle est quand même passablement engourdie, cette Julia, autant comme personne que comme enquêtrice (t’as vu ce combo ? Une chouette chanson ET une dernière petite pique pour la route) (par contre, la puriste qui est en moi préférerait qu’on écoute toujours Pink Floyd par album et pas par chanson, vu tout le soin qu’ils mettent à faire des transitions entre les morceaux, qu’on se le dise).

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15 commentaires sur “Une autre vie

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  1. Rha Mazette, je me souviens avoir DÉTESTÉ ce bouquin, mais vraiment violemment en plus, ça n’a aucun sens, j’avais trouvé certaines scènes vulgaires et qui n’auraient même pas leur place dans une bonne vieille romance de chez Hugo. Déception étant donné que j’avais beaucoup aimé Avant d’aller dormir. J’espère qu’il fera mieux la prochaine fois, ce cher Watson, mais je ne précipiterais pas sur son prochain roman comme j’ai pu le faire avec celui-là.

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    1. Haha oui j’ai lu ta chronique une fois que j’ai fini ce bouquin, j’étais tellement perplexe en le refermant que j’avais envie de voir ce que d’autres gens en pensaient …
      Je suis vraiment déçue de pas avoir aimé, j’étais tellement dans de bonnes dispositions ! Mais c’est d’une maladresse, oh là là.
      Pareil, je lirai le suivant pour lui laisser encore une chance, mais avec beaucoup plus de prudence 😉

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  2. Oh tu n’es pas la seule j’ai l’impression à avoir eu cet avis. D’ailleurs je crois même que je n’ai pas lu une seule critique vraiment positive sur ce roman. Moi du coup je me suis pas essayée. J’avais adore Avant d’aller dormir, je voulais pas avoir mauvaise impression du Watson.

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    1. C’est tellement dommage, et je pense qu’on ne serait pas si sévères si c’était un premier roman ! Mais être capable d’écrire Avant d’aller dormir et enchaîner avec ça… pffouh j’attendais vraiment mieux :/ Mais ta réaction est peut-être plus sage du coup 😉

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    1. En général je dirais que c’est toujours bien de se faire son propre avis, mais là c’est ni assez profond ni assez intriguant pour que ça vaille la peine que je t’encourage à essayer je crois ^^Par contre, lis le premier si ce n’est pas déjà fait !

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